2019 10-1 Feb Heritage

Toute une histoire!

par Hélène Beauchamp           

 Novembre 1971 : inauguration de l’école De La Salle. L’homme de théâtre Edgard Demers publie dans Le Droit un article intitulé « Les gens de ma rue ». Il y présente, maison par maison, ses voisins de la rue St-Joseph. Comme ils étaient avant d’être chassés par la rénovation urbaine et avant que leurs maisons soient expropriées et démolies.

À la fin de son texte – oh surprise! – il explique que De La Salle est construite sur les « débris des propriétés des gens de ma rue ». Et il suggère que les élèves devraient savoir que le hall d’entrée de leur école, la bibliothèque, la cafétéria, les classes, les gymnases, l’auditorium se trouvent là où étaient le salon, la cuisine, les chambres, le parterre ou la cour des gens de la rue St-Joseph, des rues Friel et Notre-Dame.

Ce texte me provoque. Est-ce qu’il contient l’idée d’un spectacle ? Faire revivre toute une rue ? Mettre en scène un quartier et ses habitants ? Raconter une histoire qui s’étend sur plus de 100 ans ?

Maxine Turcotte, comédienne professionnelle et enseignante à la concentration théâtre de De La Salle accepte de relever le défi. Oh joie!  Et, à son tour, elle me met au défi d’écrire, pour ses 25 élèves de 9e année, autant de scènes de 3 minutes pour un spectacle d’environ une heure. Notre aventure théâtrale commence ! Et d’abord, par une visite guidée du quartier. Pour les élèves, le théâtre prendra racine dans la vraie vie.

Hélène Beauchamp with De La Salle Theatre students. Photo Michel Lafleur

J’écris mes sketches et le petit village renaît sur les bords de la rivière Rideau. Marcel Séguin, plombier de son métier, se fait narrateur. Il présente messieurs McGee, Rose, Friel et puis ceux qui habitent sur ces rues et dans le quartier : mes grands-parents maternels, Wilfrid Labelle fondateur de la Caisse Populaire Sainte-Anne, le curé Alfred Myrand, Napoléon Taylor, animateur culturel, et puis Eugénie, Béatrice, Anne-Marie, Jeannine, monsieur Bernier, Aurèle, Suzanne, Pierrette et… Edgard lui-même.

Pour mon plus grand plaisir, les élèves entrent dans ce projet avec curiosité et beaucoup d’énergie créatrice. Ils désirent connaître cette histoire et donnent vie à ces personnes qui deviennent des personnages au fur et à mesure des répétitions. Ils plongent dans leurs recherches, inventent leurs costumes, ajoutent du texte au mien. Maxine règle une mise en scène vive et rythmée, où les répliques fusent, données directement.  

Le 2 mai 2017, des photos de Michel Lafleur sont exposées dans le hall d’entrée, l’auditorium est plein, les jeunes acteurs sont solides, les spectateurs, très émus, applaudissent à tout rompre. Le spectacle sera repris dans la semaine. Merci à Maxine, à la direction et à toute l’équipe de la concentration théâtre !

Pendant un bref printemps, l’idée d’Edgard Demers a pris corps et voix : les élèves sont devenus « un solide trait d’union entre les générations » et De La Salle, un monument vivant aux francophones de la Basse-Ville.