2020 11-2 April Heritage

L’épidémie du typhus de 1847: compassion en action à Bytown

Par Louise Charbonneau sco

L’année 1847 est remplie de bénédictions pour Mère Élisabeth Bruyère et sa jeune Congrégation qui deviendra les Sœurs de la Charité d’Ottawa[2]. Elles combattent l’épidémie du typhus avec les citoyens de Bytown : 1847, une année de compassion en action à Bytown.

En 1847, l’Irlande fait la guerre à la maladie contagieuse suite à la grande famine.  Les Sœurs Grises de Montréal sonnent l’alarme en février.  Des milliers d’immigrants irlandais s’exilent pour leur survie. Des voiliers quittent Liverpool, Dublin, Cork et Limerick.  Les passagers à bord sont affaiblis par la famine et la maladie.  Les voyages transatlantiques durent jusqu’à douze semaines.  Des centaines de passagers sont ensevelis en mer.  Ces mausolées flottants atteignent le poste de quarantaine de Grosse-Île en mai 1847.

Bytown se prépare à accueillir ses premiers immigrants. M. Burke, député pour les immigrants, partage avec le Père Adrien Telmon o.m.i., les difficultés à trouver un endroit où bâtir un hôpital.  Mère Bruyère accepte courageusement de soigner les malades.  Le Bureau de l’immigration confie aux Soeurs les patients atteints du typhus et ce pour 12 shillings (2.40 $) par patient par semaine; médicaments, vin, fruits et dépenses d’ensevelissement en sus.

La construction de l’hôpital ne progresse pas assez rapidement.  Mère Bruyère prépare, à ses propres frais, la maison Carney, située au coin des rues Water (maintenant Bruyère) et Sussex.  M. Burke, assisté du Père Telmon, s’inspire de l’exemple de Mère Bruyère; il entame la construction d’un hôpital dédié aux immigrants. 

Environ trois milles immigrants arrivent via le canal Rideau au cours d’une canicule étouffante de l’été de 1847.  Les immigrants les plus sérieusement atteints du typhus sont soignés par les Sœurs qui cèdent leurs paillasses, leurs matelas et leurs couvertures de laine.  L’épidémie atteint une envergure terrifiante.  La peur de la contagion est tellement grande que les Soeurs éprouvent une pénurie de personnel pour les assister.  Des jeunes hommes charitables en provenance des chantiers sont rémunérés par les Sœurs lorsqu’ils acceptent des quarts de travail de nuit.  Les Sœurs deviennent surchargées par le travail et la fatigue alors qu’elles s’assurent du bien-être des bénéficiaires confiés à leurs soins.  Mère Bruyère craint que le fardeau devienne trop lourd.  C’est alors qu’elle implore les Sœurs Grises de Montréal de prier pour elle et ses compagnes afin qu’elles puissent accepter la volonté de Dieu.  Dix-sept membres de la communauté religieuse contractent le virus mais aucune ne succombe.  Les Sœurs utilisent leurs propres ressources financières pour de subvenir aux besoins des patients alors que les remboursements des frais de soins promis tardent à entrer. Un rapport financier trompeur est soumis au Bureau de santé.  Il en résulte un refus de rembourser la dette encourue durant la période de soins aux immigrants irlandais.  Mère Bruyère réfute ce rapport avec succès.  Les Soeurs reçoivent ce qui leur est dû.

Le registre des noms des patients de l’Hôpital Général de Bytown, un des documents les plus précieux disponible suite à l’épidémie du typhus, révèle les données suivantes : entre le 5 juin 1847 et le 31 mai 1848, six-cent-dix-neuf patients ont été admis, parmi lesquels cent-soixante-sept ont succombé à la maladie.  En définitive, la Providence pourvoit – et pour les immigrants irlandais confiés aux soins des Sœurs et pour les Sœurs qui n’ont jamais hésité de répondre présente avec compassion en action durant l’épidémie!

En terminant, nous pouvons tirer une comparaison : 2020 est aussi l’année de la compassion en action à travers la planète et dans la capitale nationale du Canada alors que les citoyens se donnent la main pour combattre l’épidémie de la COVID-19 avec créativité, générosité et solidarité!


[1] Texte inspiré par le livre écrit par Soeur Paul-Émile, s.c.o., Mère Élisabeth Bruyère et son œuvre – Les Sœurs Grises de la Croix, tome 1, 1945.

[2] Les Sœurs de la Charité d’Ottawa ont commencé les célébrations de leur 175e anniversaire de fondation le 20 février 2020.